Plusieurs confrères nous ayant signalé le refus de prise en charge de leurs traitements par l'Assurance Complementa
et Denta d'Assura sous le prétexte que « leurs conditions d'assurance prévoient expressément que
la couverture d'assurance dentaire n'est valable que si le médecin-dentiste
traitant est membre de la SSO (chiffre 1.1 CSC, cat. Denta) ».
Cherchant dans un premier temps à obtenir quelques éclaircissements, nous nous sommes adressés le 07.11.2002
au Dr M. Corti, médecin-dentiste conseil d'Assura, dans les termes suivants :
Cher Confrère,
Dernièrement plusieurs confrères m'ont fait part des difficultés
rencontrées avec les assurances citées en référence ; vous trouverez ci-joint une des lettres
envoyées par Assura.
Il est surprenant de constater que seuls les soins réalisés par un médecin-dentiste membre de la SSO sont
pris en charge : est-ce la fin déguisée de l'obligation de contracter ou la mise en place d'une politique discriminatoire ?
Auriez-vous l'obligeance de m'apporter quelques éclaircissements sur ce sujet ?
Dans l'attente de vos nouvelles, je vous prie de croire, cher Confrère, en l'assurance de mes sentiments distingués.
Le Dr M. Corti a transmis notre lettre au service juridique d'Assura qui, le 25.11.2002, nous adresse une réponse
alambiquée où l'on nous rappelle que :
- l'obligation de contracter n'existe pas pour les assurances complémentaires;
- « la Société suisse d'odonto-stomatologie (SSO) dispense à ses membres des directives dans les domaines
éthiques, économiques, etc. et présente également l'avantage de disposer de commissions auxquelles il est
possible de s'adresser en cas de litiges, ce qui permet d'éviter des procédures judiciaires longues et coûteuses. »
Ces arguments sont insuffisants pour cacher le caractère discriminatoire d'une telle attitude et, pour ceux qui ne se
sentiraient pas encore touchés par l'ostracisme, il est précisé dans la conclusion :
« Il arrive toutefois que nous acceptions, à titre exceptionnel et à bien plaire, d'allouer nos prestations pour
des médecins-dentistes ne faisant pas partie de la société précitée, … ».
Ce comportement est difficilement acceptable dans un pays de droit et les données concernant la SSO sont inexactes. Pour le
moment, nous n'avons reçu aucune réponse à notre lettre que vous pourrez lire ci-dessous :
Genève, le 17 février 2003
Madame,
Le préambule de votre lettre ne nous a guère apporté d'éléments car nous connaissons parfaitement
tous les textes auxquels vous faites allusion. Par contre votre chapitre concernant la SSO ne repose sur aucun texte et dévoile
votre ignorance concernant les médecins-dentistes. En deux mots :
1. la SSO n'a aucune compétence officielle dans le domaine éthique.
Tout médecin ou tout médecin-dentiste – quelles que soient leur association professionnelle et leur origine – se
réfère au serment d'Hippocrate ou à la déclaration d'Helsinki. Et en Suisse, c'est le médecin cantonal
qui est chargé de veiller au respect de l'éthique médicale (et d'attribuer ou retirer un droit de pratique).
2. la SSO n'est pas la seule association professionnelle à avoir une commission de litiges. On devrait plutôt dire de
médiation car aucune de ses décisions n'a de valeur juridique. Seules les Commissions de surveillance des professions de la
Santé Cantonales ou les Tribunaux peuvent prendre des décisions qui s'imposent aux parties.
Quant à la suppression de l'obligation de contracter, il semble bien qu'il y ait eu dernièrement au niveau
fédéral un rejet de cette proposition soutenue par les assurances. Et on peut espérer que les réformes
en préparation leur suggèrent d'avoir un comportement plus éthique, ou au moins d'avoir un peu plus
d'humanité(s).
Tout en espérant que vous pourrez prendre en compte ces remarques, je vous prie de croire, Madame, en l'assurance de mes
sentiments distingués.